Un épilogue arrive quand tout semble dit. Jean a raconté la vie de Jésus, sa mort, sa résurrection. Il a montré Thomas qui touche les plaies. Il a refermé le récit sur une bénédiction. Pourtant, il ajoute un chapitre. Comme si quelque chose manquait encore. Comme si le Christ ressuscité ne pouvait pas quitter ses amis sans régler une dernière chose.
Je connais cette sensation. Quand on croit avoir tout dit, il reste toujours un mot à ajouter. Une réparation à faire. Une blessure à panser. Pour Jean, c’est Pierre. Pierre qui l’a renié trois fois. Pierre qui a pleuré amèrement. Pierre qui porte en lui la honte d’avoir trahi son maître au moment où celui-ci en avait le plus besoin. Le Christ ne peut pas partir sans lui tendre la main. Sans lui offrir une chance de renaître.
Je sais ce que c’est que de renier. Je sais ce que c’est que d’être renié. Je sais aussi ce que c’est que de se relever. Ce chapitre, c’est l’histoire de cette réparation. Pas une réparation morale, pas une absolution donnée du haut d’une chaire. Une réparation simple, humaine, faite autour d’un feu de plage, avec du poisson grillé et du pain. Une réparation qui dit : tu as échoué, mais tu es toujours mon ami. Tu as trébuché, mais je te confie mes brebis.
C’est l’histoire de tous ceux qui ont cru avoir tout perdu. Qui ont cru que leurs erreurs les définissaient. Qui ont cru que Dieu les avait abandonnés. Ce chapitre leur est destiné.
Quand les disciples retournent à leur métier de pêcheurs, ils ne savent pas encore que le Christ les attend sur le rivage. Ils passent la nuit sur le lac, ils tirent leurs filets vides. La fatigue les gagne. L’échec aussi. Ils ont tout quitté pour suivre Jésus, et maintenant ils sont de retour à la case départ. Comme si rien n’avait changé.
C’est dans ces moments-là que le Christ se manifeste. Pas dans les grands temples, pas dans les discours solennels. Dans la vie ordinaire. Dans le travail qui ne rapporte rien. Dans la fatigue qui pèse sur les épaules. Dans le petit matin où l’on se demande à quoi tout cela a servi.
Un homme sur la plage leur crie de jeter leurs filets de l’autre côté de la barque. Ils obéissent sans réfléchir. Le filet se remplit de poissons. Cent cinquante-trois, précise Jean. Un nombre symbolique, peut-être. Ou simplement le détail qui prouve que ce n’est pas un rêve. Que c’est bien réel.
C’est Jean qui reconnaît le Christ le premier. Il dit à Pierre : C’est le Seigneur. Pierre se jette à l’eau. Il nage vers lui. Il a besoin de le voir de près. De toucher ses mains. De s’assurer que ce n’est pas un fantôme.
Le Christ a préparé un feu. Il a grillé du poisson et du pain. Il les attend. Il sait qu’ils ont faim. Qu’ils sont épuisés. Qu’ils ont besoin de se nourrir avant de pouvoir entendre ce qu’il a à leur dire.
C’est dans la vie de tous les jours qu’on réalise le Christ en nous. C’est le meilleur terrain, car c’est là qu’on confronte la vie, les difficultés, la fatigue et les demandes des gens autour de nous. C’est l’occasion parfaite pour faire sortir nos idées de séparation qui nous font souffrir.
C’est quand tu nourris ta famille en travaillant et que c’est difficile que tu apprends à te réfugier dans ton cœur. C’est facile d’agir comme un saint quand tu n’as qu’à bénir les gens, mais c’est plus difficile quand tu dois te dépasser.
Ce n’est pas l’instant, l’activité ou l’endroit qui détermine ce qui est sacré. C’est ce que tu y mets, ton cœur et ta lumière. Le Christ n’apparaît pas en nous quand on suit des règles, mais quand on suit notre cœur. C’est un des enseignements les plus simples et les plus difficiles à appliquer : suivre son cœur en tout temps et en toute occasion.
Après le repas, le Christ prend Pierre à part. Il lui demande trois fois : M’aimes-tu ? Trois fois, comme trois reniements. Pierre répond chaque fois : Tu sais que je t’aime. La troisième fois, il est blessé. Il se demande pourquoi le Christ insiste. Pourquoi il doute de lui.
Je connais des gens très bons, et tous ils sont limités dans leur capacité à donner à leur prochain. Je ne leur demande pas plus qu’ils peuvent donner, car je sais qu’ils sont bloqués là. Je respecte leur limite et les comprends. Je valide ce qu’ils font, et j’ai remarqué que cela leur permet de s’ouvrir un peu plus et de faire un peu plus après.
Il faut prendre les gens où ils sont, sans les comparer avec nous, ce qui ne ferait qu’augmenter la distance entre soi et son prochain.
Jésus n’a pas dit à Pierre qu’il lui pardonnait, car il ne s’est jamais senti offensé. Il n’avait rien à pardonner, car il comprenait que l’autre fait ce qu’il peut, et est lui aussi la main de Dieu. Il a juste reconnu le changement dans Pierre et lui a donc à nouveau donné sa confiance pour qui il était aujourd’hui.
Le pardon porte en lui une séparation. Tu es le bourreau, je suis la victime, et Dieu est absent de tout ça. C’est ontologiquement faux. Il n’y a que Dieu qui met en route des événements pour que nous puissions tous nous éveiller à sa magnificence. Donc il n’y a pas de pardon à donner, que la lumière de qui tu es pour l’autre, et la reconnaissance de ce que l’autre a dépassé. C’est ainsi qu’on agit comme étant le Christ incarné. C’est ainsi qu’on suit sa voie.
Enfermer les gens dans ce qu’ils ont été amplifie la séparation et tend à les ramener en arrière. Chaque instant nous change. Chaque épreuve nous rapproche un peu plus de notre cœur et de Dieu. C’est pourquoi il faut regarder la personne pour ce qu’elle est aujourd’hui, et non pas hier.
Le Christ annonce ensuite à Pierre qu’il mourra crucifié. Qu’il étendra les bras et qu’un autre le mènera où il ne voudra pas. Pierre demande ce qu’il adviendra de Jean. Le Christ lui répond : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.
L’être humain est une fleur. Jeune, il pousse. À maturité, il rayonne. Vieux, il se ferme pour se préparer à la mort. C’est justement à cette étape qu’on voit la beauté réelle derrière le corps de la personne qui a passé une vie à se rapprocher de son cœur. C’est le plus beau moment, car tu n’as plus rien à faire, qu’à aimer.
Le moment qui précède la mort est le moment où l’on est le plus proche de Dieu. Le corps ne tire plus vers le bas. Les désirs se sont éteints. Il ne reste que la lumière en soi.
C’est une bénédiction que ceux qui meurent jeunes ne vivent pas. Alors il ne faut pas la voir comme une malédiction, au contraire. C’est un privilège de vivre vieux.
Mourir à son ego avant de mourir est un cadeau de Dieu que peu sont capables de recevoir. C’est vivre comme un homme nouveau qui porte le Christ en soi et qui vit au royaume de Dieu. Sûrement le plus grand cadeau que l’on puisse recevoir. Je prie pour que plus de gens l’acceptent, car il ne reste que la félicité divine en nous. Rien ne dépasse cet état, qui rend toute une vie significative.
Pierre veut savoir ce qu’il adviendra de Jean. Le Christ lui répond que cela ne le regarde pas. Toi, suis-moi. C’est tout. Pas de comparaison. Pas de jalousie. Pas de compétition. Chacun a sa route. Chacun a son heure.
Nous sommes tous uniques et nous avons tous notre route. Si je me compare aux gens autour de moi, j’ai échoué sur bien des domaines. Le travail, les relations de couple, la santé, et plus encore. C’est d’ailleurs ce que je faisais autrefois, je me comparais et je souffrais. Mais aujourd’hui, j’ai réalisé le Christ en moi. Il ne me quitte plus jamais. L’Esprit-Saint m’accompagne et me protège de tout. Je suis béni au-delà de ce que je croyais possible. Je ne connais plus ni peur, ni honte, ni haine. Toutes ces émotions sont devenues l’amour compassion infini du Christ.
Vous ne savez pas, jusqu’à votre dernier souffle, ce qui vous attend. Recevoir le Christ éternel donne une nouvelle vision sur tout. Alors ne vous comparez pas, car c’est inutile. C’est parfois celui qui a le plus perdu et qui a eu la vie la plus dure qui va le plus recevoir de Dieu. J’oserais même dire que c’est ainsi que cela se passe.
Dieu ne nous éprouve pas pour rien. Ces épreuves ne sont pas des malédictions, mais des bénédictions qui nous rapprochent de lui.
Mon seul conseil serait de suivre votre cœur avec gratitude pour tout ce que vous recevez, sans rien juger. Dieu est éternel et est toujours là à tout faire pour vous, même si vous ne comprenez pas.
Retrouve le Christ dans ton cœur. Le reste viendra.
Ce texte est l’épilogue de « Le Christ Éternel ».
Le livre complet est gratuit, en PDF, sans inscription : https://laeka.org/livres/
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