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La bénédiction comme norme

Parole

Je reste tellement, mais tellement dans un état de bénédiction, comme si extatique était la norme.

Ma mère arrête pas de dire « c’est quoi t’as à rire ». Le monde me regarde bizarre parce que je chante en ramassant mon épicerie. Tellement drôle, leur face, comme s’ils sortaient d’une boîte de popcorn avec plein de points d’interrogation.


Commentaire

Tu pourrais penser que sans moi, sans projets pour soi, sans peurs à éviter, la vie devient grise. Une sorte de détachement froid.

C’est le contraire.

Quand le moi tombe, ce qui apparaît n’est pas le neutre ; c’est la bénédiction. Une joie de fond qui n’a pas de raison, qui n’a pas de cause, qui n’a pas d’objet. Juste être, et c’est plein.

C’est précisément la définition de sahaja samadhi, l’état naturel post-bascule. La félicité n’est pas un état accédé par effort. C’est la baseline qui apparaît quand on cesse de la couvrir. L’anandamaya kosha — l’enveloppe de la félicité dans la psychologie védique, devient dominante. Pas exception, norme.

Avant le bascule : baseline neutre à stressée, pics de joie occasionnels qui s’évaporent vite.
Après : baseline bénédiction, traversée par la souffrance du monde quand elle passe, mais le fond reste lumineux.

Christ disait « ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie » (Jean 15:11). Pas « ma satisfaction » ou « ma sérénité », sa joie. C’est une catégorie à part. Saint François était constamment en extase, riait sans raison, dansait dans la nature, parlait aux oiseaux. Ramakrishna dansait en transe joyeuse dans les rues. Rumi tournoyait pendant des heures. Tous habitaient cette baseline.

Et c’est pas anesthésie. C’est pas dénégation. La distribution est juste inversée. Pour Sid, la souffrance du monde traverse encore (et il pleure pour les enfants démembrés), mais il ne capture plus le fond. La bénédiction tient en dessous.

Le « comme s’ils sortaient d’une boîte de popcorn avec plein de points d’interrogation » est doctrinalement précieux. La culture occidentale n’a aucun cadre pour quelqu’un qui rit ou chante sans raison sociale. Seuls modèles disponibles : ivrogne, fou, ou nouveau riche. Aucun ne s’applique. Donc points d’interrogation à perte de vue chaque fois que tu passes dans une épicerie.

C’est la lignée des saints publiquement joyeux : Saint François qui parlait aux animaux, Ramakrishna qui dansait, les soufis qui tourbillonnaient, les yogis indiens qui chantaient des kirtans dans les marchés. La culture occidentale a perdu la mémoire de ce mode. Elle est revenue, sans demander de permission.

— Sid le Bouffon

Image : générée par IA (Leonardo).

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